lundi, mars 28, 2005
Avion et avions
Entendant les infos à la radio, il était dit que l'avion venait de Clermont-Fd. Aïe, il n'y a qu'un seul Cessna à Clermont, et c'est celui de mon Aéro-Club. Serait-ce celui-ci qui s'est planté, avec certains de mes amis pilotes à l'intérieur?
Impossible d'avoir des infos. Alors ce lundi, j'ai pris la voiture et suis allé sur place, au Club, vérifier que notre Cessna était bien là.
Et il y était. Celui qui a mangé la montagne venait de plus loin, et avait fait une étape à Clermont pour refueler, avant de continuer un vol qui s'est terminé tragiquement...
"Mon" Cessna était là, mais les pilotes de l'autre, eux, sont bel et bien morts.
C'est tragique et malheureux, certes, mais combien de personnes sont mortes sur les routes françaises, ce même week-end, et dont on n'aura jamais parlé? Beaucoup plus, sans doute...
Pour remettre un peu de gaieté, un autre aspect de l'aviation.
Quand la pub peut faire de très jolies choses, ça donne ça:
http://themessage.flysn.com/original_fr.html
et ça:
http://www.ad-awards.com/home.php?rub=3&category=8&pub=30
L'aviation peut encore faire rêver, n'est-ce pas ?
Conquête Express
Jeudi, beaucoup de monde dans Clermont. Les travaux du tram gagnent du terrain, les voitures et les bus en perdent, tout cela se concentre en de petits embouteillages où l'on avance mètre par mètre.
Départ de la gare Sncf pour Aubière. Après 7 ou 8 arrêts, j'ai déjà un bon quart d'heure de retard sur l'horaire, ce qui devrait me faire arriver au terminus plus tard que l'heure à laquelle je suis censé en repartir.
Effectivement, sitôt arrivé, sitôt reparti dans l'autre sens, avec déjà quelques minutes de retard. Pas le temps, donc, de s'arrêter pour souffler deux minutes et, éventuellement, d'aller soulager une vessie se manifestant depuis déjà un bon moment.
Quelques arrêts plus tard monte une charmante jeune fille, grande, classe, qui attarde loooonguement sur moi un regard perçant, tout en me montrant son "passe-bus" avec insistance.
Chouette, la journée n'est pas perdue! Malgré la course, le stress et l'agacement de cette bataille permanente qu'est la conduite d'un bus dans Clermont, au moins vais-je peut-être avoir droit à mon petit moment de bonheur!
Après s'être assise quelques secondes seulement, là voici qui revient vers moi, les yeux irrésistiblement charmeurs. Ouh là, c'est qu'elle attaque, va falloir jouer serré, là!!
"- Excusez-moi, puis-je vous poser une question?
- Ah mais avec plaisir, Mademoiselle, si je peux y répondre...
- C'est bien vous qui nous avez amenés, dans l'autre sens, il y a une vingtaine de minutes?
- Euh, c'est possible, mais vous savez, on est 430 conducteurs, et, euh, enfin il y a 20 minutes je ne sais pas exactement, mais oui, j'ai fait la ligne dans l'autre sens...
- Ooohhhh siiiiiiiiiiiiii c'est vooooouuuuus, je vous reconnais!!!"
Alors à ce moment-là, si on était dans une Manga, vous rajouteriez des petits coeurs partout, partants de la charmante dragueuse en direction du héros magnifique (quoique, dans les Manga, les héros ne sont pas forcément les plus beaux, mais bon, je simplifie).
Entendant ça, le Fab jubile, "alors là c'est du tout cuit", hop, il n'y a plus qu'à attendre la suite, ça s'annonce bien :-))
"- Ouiiiii, c'est bien vous, même que vous nous avez laissés descendre bien avant l'arrêt.
- Euh, c'est possible aussi, vous savez, quand on est tous coincés dans un embouteillage, que des gens souhaitent descendre alors que l'arrêt est à moins de 20 mètres, oui, ça arrange tout-le-monde de ne pas faire attendre, alors on dévérouille l'ouverture des portes.
- Eh bien, vous savez que vous n'avez pas le droit de le faire, et que s'il nous arrive quelque chose en descendant, votre responsabilité peut être engagée?
- (Là, le Fab déchante et sourit très très jaune) Oui, certes, je sais tout ça, mais vous savez, mon métier dans son ensemble n'est qu'une grande succession de prises de responsabilités. Mais en quoi ça vous dérange que je prenne mes responsabilités, justement, alors que c'est pour vous arranger et faire gagner du temps à tout-le-monde?
- Et bien parce que j'habite juuuuuste devant l'arrêt, et que vous m'avez fait marcher, alors que j'étais très chargée...
- Oh Mon Dieu, mais c'est horrrriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiible (Fab prenant la mouche et imitant la voix de petite bourgeoise pimbêche) !!!
- Oh mais ouiiiiiiiiiii, me répond-elle sur le même ton. Mais vous savez, je ne sais pas pourquoi vous semblez vous mettre en colère, moi je voulais juste vous prévenir que votre responsabilité pouvait être engagée en faisant ça, c'est tout, je dis ça sans colère aucune!
- Hum, c'est dommage, vous étiez vraiment jolie, pourtant...
Mais voilà, vous avez...(*) Non, laissez tomber, je ne vais pas perdre mon temps à vous expliquer les contraintes de mon boulot en ce moment, je crois que ce serait peine perdue. Au revoir."
(*) A ce moment-là, j'allais dire: "... vous avez un beau cul, mais l'intelligence, c'est pas là que ça se place." Et puis bon, je me suis retenu, j'ai pris sur moi d'éviter les ennuis, alors que je me permets souvent de pester contre mes collègues qui râlent en permanence contre la clientèle.
Mais des fois, je finis par les comprendre...
vendredi, mars 25, 2005
Ohayô gozaimasu.
La qualité est encore imparfaite, mais c'est très écoutable, et cela me permet d'entendre des radio qui ne sont pas diffusées en Auvergne...
Par exemple, je peux enfin écouter FIP, radio parisienne à la programmation très éclectique mais extrèmement agréable, pas stressante.
Presque aucun blabla (sauf pour présenter les embouteillages parisiens, mais ça dure quelques secondes), et aucune pub: le bonheur!
http://www.radiofrance.fr/chaines/fip/endirect/
Pour l'Espagne, j'écoute Cadena Dial. Là, par contre, ça ne manque ni de blabla ni de pub, mais bon, ça me rappelle mes nombreux voyages en Espagne, et la musique (variétés très contemporaines) est 100% espagnole.
http://www.cadenadial.com/
Le Japon est un pays qui m'a toujours attiré (et pas seulement pour ses Geisha ou ses sushi ;-)), à la culture bien différente de la notre et, semble-t-il, mal connue (de moi, en tout cas).
Je voulais trouver une radio japonaise pouvant être écoutée par le Net, diffusant de la musique japonaise, etc... Pas encore trouvé.
C'est en faisant une recherche Google que je suis tombé sur le Blog d'une étudiante japonaise, venue faire quelques mois d'études en France.
En dehors de quelques chroniques plus "anecdotiques", on y trouve des réflexions particulièrement intéressantes sur nos différences culturelles.
Je vous propose de lire, par exemple:
Sourire occidental, du 26 juillet 2004
... ou encore: Soirées, du 10 novembre 2004 (*)
(Et quelques autres, si vous en avez le temps...)
C'est très court et tout simple, mais tellement juste.
En tout cas, je ne sais pas si je serai un jour dans la situation d'écrire mon blog en Japonais!
(*) Au passage, je me sens particulièrement concerné par ce "en France, j'avais l'impression que le taux de tenir quelconque promesse orale était, à peu près, 50-60 pour cent"...
Effectivement, et j'en ai parfois honte, je fais partie de ceux qui promettent de "rappeler bientôt" ou de "passer bientôt"... et qui oublient, ou repoussent, ou sont bien vite débordés, enfin bref, qui ne tiennent pas leur promesse, quoi.
Isa et Léa, que je dois rappeler depuis 3 mois, ou Claudine, ou d'autres... Ce n'est pas que j'oublie! Non, non, c'est juste un rapport au temps un peu particulier, voilà tout...
mercredi, février 16, 2005
Paraneige et principe de précOntion...
Il faut donc y être vers 5h40 et donc, en temps normal, partir de Busséol vers 5h20, maximum.
Mais voilà: encore de la neige annoncée, je mets donc le réveil pour 4h20...
Bien m'en a pris! Au réveil, au moins 20 à 25 cms. Cooool...
Me voici donc, à 4h45, sans éclairage public, à déblayer la neige autour de la voiture et à monter les chaînes.
Le temps de reprendre des forces avec un bol de céréales, et hop, voici la BM partie faire le chasse-neige! A cette heure-ci, seul un véhicule est passé avant moi, sur l'épaisse couche immaculée. A voir l'écartement des roues, sans doute un de ces gros 4x4 à la mode.
Grace aux chaînes, la BM passe aussi. Mais il n'en aurait pas fallu plus, parce que lorsque ça commence à froter devant et dessous, c'est qu'on est vraiment aux limites. Mais bon, Titine y met de la bonne volonté.
Le temps de retirer les chaînes vers Cournon, j'aurais mis à peine 35 minutes pour arriver au boulot, en gardant le quart-d'heure de marge presque intact.
A Clermont: rien ou presque. Deux centimètres, à tout casser.
Bin oui mais voilà. Principe de précaution, parapluie administratif, surtout, pas de risques, etc...
Bref, les bus restent au dépôt, et les clients restent aux arrêts, à les attendre en se gelant.
Et moi? Pourquoi ai-je si mal dormi, toute la nuit, de peur de ne pas arriver à aller bosser? Pourquoi me suis-je levé si tôt, pourquoi ai-je pris toutes les précautions afin d'arriver à l'heure et d'accomplir ma tâche?
Pour rien.
Les clients nous détestent parfois, ils nous méprisent souvent. Ils ont raison.
J'ai honte.
Il n'y a rien à faire, mais cette mentalité de fonctionnaire frileux, je ne pourrai jamais m'y adapter. Je prends le pli pour beaucoup de choses, mais là, ça coince...
De retour chez moi, cette neige m'attire comme un gamin.
Je ne sais pas combien il fait dehors: moins 4°, moins 5°, environ... Et un vent du nord glacial qui vous envoie de bonnes soufflantes, chargées de miliers de minuscules pics de glace.
Je commence par faire un tour dans le village, puis un saut au pied du chateau (où je découvre le petit cimetierre atenant, charmant), puis un tour complet de la colline, puis...
Bon d'accord il fait froid, mais bon, je n'ai pas envie de rentrer... Alors je descends jusqu'à Lignat, puis St-Georges, avant de reprendre la route du retour.
Faut-il pas être un peu taré, non ?
Mais bon, c'est tellement beau, tout ça!
Comme j'aimerais être capable de prendre autre chose comme photos que ces trucs d'une banalité affligeante; comme j'aimerais arriver à immortaliser ici cette dune de neige étonnante, là cette congère aux formes parfaites, ou encore ce tourbillon de poudre blanche qui se forme devant moi et s'envole en glissant...!
Mais voilà, tant pis, il faudra se contenter de moins que ça...
lundi, janvier 24, 2005
J’ai toujours aimé les marches de nuit…
Enfin, ce n’est pas que j’en aie fait très souvent, mais quand même.
A l’Armée, d’abord, j’ai du en faire deux ou trois, dans les montagnes dominant Lyon. « Tenue de combat », brodequins trop petits, carte d’Etat-Major, lampe électrique… Tout un parcours à faire, dans les chemins autour de la base aérienne, en poinçonnant une fiche avec les pinces adéquates accrochées aux endroits stratégiques.
Trop fort.
J’entends d’ici les sarcasmes de certains… Mais non, sérieusement, c’était vraiment sympa et très riche en expériences humaines.
En plus, j’ai du faire ça en avril et en juillet, avec une météo agréable. Voir Lyon d’en haut, depuis la pleine campagne, à 1 ou 2 heures du matin ; l’immensité de la ville, cette impressionnante flaque de lumière, tout cela à mes pieds, dans le silence des Monts d’Or… Franchement, c’est encore un de ces bons souvenirs qui revient très régulièrement, même onze ans plus tard.
Ensuite, les autres marches de nuit que j’ai pu faire étaient plutôt « urbaines », et n’avaient généralement rien d’obligatoire.
J’étais alors conducteur de cars de tourisme, et que ce soit à Madrid ou Barcelone, à Paris ou Strasbourg, à Rome ou ailleurs, j’ai toujours pris un immense plaisir à marcher la nuit, des heures durant, choisissant et visitant les rues sans ordre ni but précis, jusqu’à ce que l’épuisement de la journée de conduite ajouté à celui de la marche ne me pousse à reprendre la direction de l’hôtel…
Ce soir, j’ai donc eu l’occasion de retrouver ce plaisir.
Parti du boulot vers 21 heures, la route était à peu près salée jusqu’au pont sur l’Allier, entre Cournon et Pérignat. Puis d’un coup, le pont traversé, un autre monde. Une route recouverte de neige tassée et gelée, dure comme de la glace. Pas de sel, juste quelques gravillons par endroit.
Pas trop grave, tant que c’est plat.
Le premier petit raidillon que j’ai trouvé, j’ai bien cru que la BM n’accepterait pas de le monter ; il a fallu mettre deux roues dans le bas-côté pour arriver à trouver un semblant d’adhérence…
Passant en bas de la Roche-Noire, je m’étonnais qu’il y ait tant de voitures garées ici et là. J’ai compris en voyant des personnes monter la côte menant à leur village, à pieds. Bon, cela doit être une coutume locale, je ne sais pas trop.
Là, c’était la vallée de l’Allier. Mais Busséol, c’est en haut, bien plus haut ! A un moment ou un autre, il faudra bien monter…
Arrivé au carrefour où commence justement la montée vers Busséol, je dois me rendre à l’évidence : celle-ci n’est pas non plus salée. Hors, si l’adhérence était déjà proche de zéro sur le plat, inutile d’espérer faire plus de vingt mètres en côte.
Je décide de continuer jusqu’à Mirefleurs, toujours par la route principale. Déjà, j’admets que la seule solution va être de trouver un endroit tranquille pour garer la voiture, et terminer les derniers kilomètres sans elle.
Dans Mirefleurs, c’est salé, je peux monter jusqu’au cimetière. Puis ça redevient parfaitement impraticable. Propulsion ou pas, « pneus-neige » ou pas, cela n’aurait pas changé grand chose. Elle ne montera pas.
J’abandonne et gare titine le long du cimetière, donc. Le thermomètre indique « - 1,5 », cool…
Allez hop, la sacoche dans le coffre, lampe électrique pour être vu, gants, et zou, je commence la marche !
Un peu plus haut, une voiture au fossé… Puis une deuxième.
Au carrefour est annoncé : « Busséol : 3 ».
Derrière moi, une voiture grimpe péniblement. Ca patine, ça part à droite, à gauche… « Vous voulez que je vous emmène ? » me lance la conductrice en passant. « Ne vous arrêtez pas, vous n’allez pas repartir, continuez ! »
Elle ne s’est effectivement pas arrêtée tout de suite ; elle a du faire trente ou quarante mètres, la 205 est parti en traviole, s’est arrêtée puis, malgré les quatre roues bloquées, a commencé à redescendre. Coup de chance, un petit rebord l’a stoppée juste avant le fossé. Ce n’est pas le cas d’une autre voiture qui, quinze mètres plus haut, y est bel et bien, dans le fossé…
« Euh, vous montez jusqu’à Busséol à pied ?
- Oui oui, ma voiture est assurée au tiers, et je n’ai vraiment pas les moyens de faire des frais dessus en ce moment. Je l’ai garée à Mirefleurs, et me voilà… Vous voulez marcher avec moi ?
- Bin euh, je vois pas bien quoi faire d’autre.
- Certes… Moi non plus… Et puis trois kilomètres, c’est rien du tout ! »
Et voilà.
Nous avons donc fait les trois kilomètres de côte, tranquillement, par moins 2 ou 3 degrés. Je ne vous dirai pas en combien de temps, n’ayant pas regardé ma montre. Peut-être une quarantaine de minutes, à peine…
En tous cas, aucune voiture ne nous a rattrapés. Et depuis plus d’une heure que je suis rentré, rien n’est passé sur la route. Pas de saleuse non plus, d’ailleurs.
Nous n’avons pas eu besoin de la lampe : la blancheur partout et la lune derrière des nuages peu épais éclairaient parfaitement bien. Nous n’avons pas eu froid non plus, puisque montant à un bon rythme…
Derrière nous scintillaient les lumière de Cournon et Clermont, et ça ressemblait bigrement à cette grande flaque de lumière lyonnaise, onze ans plus tôt.
Tout ça pour, peut-être, trois malheureux centimètres de neige.
Je ne suis pas du genre à chercher un coupable pour chaque chose. Il devait neiger, il a neigé, voilà, c’est tout. Et cette neige a du fondre sur les restes de sel, avant de redevenir glace par un bon coup de froid.
Je constate simplement que quinze ans plus tôt, les routes autour de Saint-Flour étaient largement mieux dégagées, malgré une épaisseur beaucoup, beaucoup plus importante.
Mais finalement, cette petite balade nocturne aura été tellement agréable, dans ce calme olympien et cette lumière un peu fantomatique, que l’idée de faire le procès de nos amis de l’Equipement ne me vient même pas à l’esprit…
dimanche, janvier 02, 2005
La théorie du mort au kilomètre.
D’une manière plus générale, par contre, il y a quand même assez peu de motifs à se réjouir. « Internationalement », 2004 a donné de quoi s’inquiéter. Elle se termine par un drame dépassant l’entendement, dont les plaies devraient faire souffrir une bonne partie de l’année qui débute.
En mars 2004, j’écrivais quelques lignes, tirées de mes souvenirs d’une certaine Espagne et des attentats qu’elle venait de subir. Je vous propose de les lire ou de les relire, « para no olvidarse », pour ne pas oublier :
http://fabiencamus.blogspot.com/2004_03_01_fabiencamus_archive.html
Depuis une semaine, de la même manière que lors de ces attentats, les bilans tombent et s’alourdissent à chaque flash d’info. Seule l’échelle diffère. Cette fois, on a débuté vers 4000, 5000, puis 10, 12000, puis 25000… Après quelques jours, on parlait de 80000, 100000, peut-être 150000 morts. Tout cela semble tellement énorme qu’on n’arrive pas vraiment à s’en faire une idée.
Cependant, deux différences essentielles entre les drames de Madrid et d’Asie : l’un était un acte humain, délibéré, avec la ferme intention de tuer ; le second est du à la nature, au hasard, à la fatalité. L’autre différence s’observe dans notre perception de la catastrophe, en fonction de la distance qui nous en sépare. Ce que les journalistes appellent la « théorie du mort au kilomètre ».
Cette théorie est mise chaque jour en application depuis les premières annonces du raz-de-marée : 4000 morts dont 2 Français, 150000 morts dont 100 ou 200 Français et quelques milliers d’Européens. Depuis le début, cette attitude me choque, pour ne pas dire plus. Sur Inter, on pourrait s’attendre à ce que l’information soit donnée différemment que sur TF1 ou un autre grand media commercial et son « temps de disponibilité intellectuelle » ; il semble pourtant que non…
Rien à faire : chaque édition traite de ce drame de la même manière. Une moitié du temps pour les « locaux », l’autre moitié pour nos victimes bien françaises. Un Français vaut donc autant qu’un millier d’Asiatiques, semble-t-il.
Cette attitude me choque, disais-je, et me fait honte. Bien que trouvant cela scandaleux, révoltant, je dois bien admettre que, moi-aussi, j’applique cette théorie : je n’arrive pas à ressentir autant de douleur pour ces centaines de milliers de personnes en souffrance que je n’en avais ressenti pour l’Espagne et ses Espagnols, dans un drame pourtant sans commune mesure. J’en ai honte, sincèrement.
N’allez pas croire que je méprise ces Asiatiques, ou que je leur donne moins d’importance ! Je m’intéresse à leur(s) culture(s) depuis longtemps, je suis extrêmement attiré par cette région du monde… Mais voilà, je les connais mal. Déguster les films qui commencent à arriver de ces pays ne suffit pas, voir les courts-métrages du Festival de Clermont, admirer des photos ou faire des recherches sur le Net n’est pas assez.
Madrid, je connaissais mieux, et particulièrement cette gare dont je revois chaque détail. En Asie, je n’y suis encore jamais allé, et c’est sans doute ce qui creuse cette différence, au-delà du nombre de kilomètres qui nous séparent.
Quel dommage de ne pas arriver à penser différemment…
jeudi, décembre 30, 2004
L’habit fait le moine…
Pour ceux qui ne connaissent pas, l’uniforme T2C est fait de gris et de bleu (*). Et à voir la réaction de certains, il fait vraiment « police ». Alors forcément, j’en profite et je m’amuse avec ça, parfois.
Par exemple, pour éviter les coûteux kilomètres en voiture, je passe au super-marché faire les courses en rentrant du boulot. Et bien, je ne sais pas pourquoi, mais tout le monde me regarde ! Sur le parking, à l’intérieur, entre les rayons, à la caisse, partout. A mon avis, le clampin moyen ne doit pas reconnaître l’uniforme du banal chauffeur de bus que je suis, mais plutôt se demander à quel corps des forces de l’ordre j’appartiens ! Lol, trop drôle !!
De même, je suis passé par « Brico-Dépôt » pour acheter l’enduis du salon. Même réaction étonnée de la plupart des personnes que j’ai croisées. J’aimerais vraiment savoir quelles sont les questions qui leur traversent l’esprit : « Pfff, encore un fonctionnaire qui profite de son boulot pour faire ses achats personnels », ou je ne sais quoi encore… Alors que je téléphonais à mon ami Roger depuis le rayon des peintures, un policier, un vrai, en tenue et armé, est venu lui-aussi faire un achat au même endroit. Il a été tellement surpris de voir un autre « type en bleu » que j’ai cru un instant qu’il allait se mettre au garde-à-vous !
Hier, autre expérience amusante. Etant allé faire un tour en ville après le boulot, je suis rentré en bus. Normal, devez-vous penser. Certes, mais en tenue T2C complète, je suis allé m’installer au fond du bus, là où vont généralement s’agglutiner les mauvais éléments (comme les mauvais élèves à l’école !)…
Je passe sur l’étonnement des passagers qui se demandaient, là encore, quel devait bien être mon rôle. Beaucoup plus amusant : un peu plus loin, trois « djeuns », genre lascar à casquette, sont montés normalement à l’avant, avant de prendre la direction du fond. Ma vision les a immédiatement stoppés net, ils se sont échangés quelques mots et semblaient ne pas savoir où se mettre ! Du coup, et sans doute pour la première fois de leur vie, ils se sont posés à l’avant, avec les personnes plus âgées, mais tournés vers moi, sans jamais cesser de me surveiller… Excellent ! Avaient-ils peur d’un petit contrôle, par exemple ? L’idée ne semble même pas leur avoir effleuré l’esprit que je puisse simplement ne pas être en service. Uniforme, donc travail. Habit, donc moine…
Au passage, j’en ai profité pour attraper une conversation amusante entre deux ados « normaux » de ce même bus (oui, je sais, c’est pas bien d’écouter, bla bla bla) :
« - Oh, tu te rappelles, la fois où on a dormi je sais plus combien d’heures au milieu du rond-point ? ‘Taing on en tenait une bonne !
- Oué c’est vrai ça… Quand même, on leur en fait voir, aux parents, non ?
- Mbof, faut bien que jeunesse se passe…
- Ouaip mais bon, quand même, qu’est-ce qu’ils dégustent, des fois ! (Grands sourires…) »
(*) Couleurs qui vont progressivement changer en 2005 et faire moins « flic », justement. Dommage ;-))
