jeudi, mars 13, 2008

España, por favor !


Madrid a bien un peu changé… Enfin c’est normal, allez-vous me dire ! Ca fait combien d’années que je n’y étais pas revenu ? Huit, neuf ans ?

Ce qui m’a frappé, ce matin, c’est le calme. Un calme bien relatif, certes, mais qui ne correspondait pas au souvenir que j’avais de cette ville.

Pour moi, Madrid, c’était les embouteillages à n’en pas finir, la pollution, l’impossibilité de se garer, les klaxons incessants. Bref, le bordel ambiant.

Mais c’était aussi, pour se détendre d’une journée « d’excursion » et de conduite, les promenades dans le calme du Buen Retiro ou la petite pause dans l’atmosphère apaisante de l’ancienne Estacion de Atocha.

Ce matin, en descendant de l’avion, je m’attendais donc à replonger dans le bruit et la foule… Que nenni ! L’aéroport de Barajas est tellement énorme, et l’activité bien répartie, que le tout neuf et immense Terminal 4 parait presque vide. Puis arrive le métro : même chose ; pas de séance d’entassement et de compression, on s’y trouve bien à l’aise en comparaison du tram clermontois surpeuplé. Enfin, me voici en centre-ville : la Puerta del Sol ! Bon d’accord, il y a du monde, mais ça grouille moins que dans mon souvenir ; moins de voitures, moins de klaxons, moins d’odeurs…

(12 photos)


Pour cette première journée dans la capitale, je pensais la redécouvrir méthodiquement. Quartier par quartier, à l’aide du Guide Vert et du Routard, je comptais m’appliquer à faire mieux que lorsque je n’avais que quelques heures disponibles au cours d’un quelconque voyage scolaire.

Et puis non. Chassez le naturel… Mes pas ont fini par prendre le dessus et par m’amener où mes souvenirs m’attiraient : Colon, Cibeles, Prado… Puis bien entendu : El Buen Retiro ! Mon parc, combien de fois ai-je rêvé, depuis ces années sans venir, que je me promenais de nouveau dans ses allées ?

Enfin, nouvelle traversée de la ville, au hasard des petites rues, des petites places à découvrir, jusqu’à dépasser le Palacio Real et atteindre le « Rio ».

Finalement, Madrid n’est pas si grand…

(8 photos qu'on peut ne pas voir)

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En allant prendre le bus à la Estacion del Sur pour me rendre à Aranjuez, je pensais retrouver la gare routière bordélique dans laquelle il m’était arrivé de laisser mon car pour la nuit. Apparemment, ce n’est pas la même !

Ici, la gare routière est une « vraie gare » : au moins quatre-vingt quais, un grand hall avec les guichets des différentes compagnies, des panneaux d’affichage électroniques… Et tout y est simple, même pour l’étranger qui débarque : Destination => Compagnie => Guichet => Quai affecté. Les bus sont confortables (plus proches du car de tourisme… nostalgie !), partent (presque) à l’heure et arrivent (presque aussi) à l’heure. Quant aux fréquences, elles donnent envie : un bus toutes les heures pour les plus grandes destinations, voire toutes les demi-heures pour certaines villes plus proches, en ne comptant que les « Express »…


Je me souvenais d’Aranjuez comme d’une petite ville calme, un endroit où il faisait bon vivre, avec toutefois les soirées bien remplies, typiquement espagnoles.

Ici, pas grand-chose n’a changé. Le palais, ses parcs et jardins, sont toujours là, des endroits qui donnent envie de se promener, de prendre son temps.

Comme dans le reste de l’Europe, la mode n’est plus à la voiture ; les zones semi-piétonnes s’agrandissent en même temps que les voies se réduisent, ce qui incite encore plus à la visite et au calme, maintenant que je n’ai plus de car de tourisme à aller coincer dans des petites rues où il n’aurait jamais du se trouver…

J’avais souvenir, lors de mon passage à Aranjuez, d’un ciel exceptionnel. Je ne sais pas si c’est souvent le cas (peut-être une aérologie particulière ?) où un simple fait du hasard, mais j’ai retrouvé ce ciel si intense, d’un bleu que l’on ne connaît pas en France. Serait-ce une des raisons qui ont poussé les Rois d’Espagne à y faire construire un si magnifique palais (à mon avis, cent fois plus beau que celui de Madrid) ?

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Je ne pensais pas retourner à Tolède, y ayant déjà traîné mes roues plusieurs fois. Finalement, le temps étant trop magnifique pour squatter les musées, je suis repassé par la Estacion del Sur.

Je suis un touriste, je vais à Tolède, forcément. Et forcément, tous les touristes se retrouvent à Tolède ! Pour ne pas se laisser emporter par le flot, il faut donc s’éloigner un peu de la Plaza de Zocodover, de la Calle del Comercio et surtout prendre à droite lorsqu’un troupeau de collégiens français prend à gauche.

A condition de faire abstraction de la multitude de marchands d’armes blanches et autres babioles-à-touristes, en se laissant perdre par ses petites ruelles tordues, cette ville reste toujours bien agréable, ses pierres chargées d’Histoire à chaque pas.

La rançon du succès, hélas, c’est aussi de devoir payer sept €uros pour avoir le droit d’entrer dans la cathédrale (et encore, à ce prix-là, il n’est même pas permis de sortir l’appareil-photo).

Pour la moitié de ce prix, il est plus intéressant de visiter la Sinagoga del Transito et son musée Sefardi, consacré à la vie des juifs d’Espagne au fil de l’Histoire. Où le néophyte comme moi apprend, par exemple, que la conquête de l’Espagne par les musulmans était vécue par les juifs comme un soulagement, tandis que la reconquête par les Rois catholiques a été la pire période pour la juiverie espagnole…

(6 photos)

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Salamanca, quelle ville, Bon Dieu !

Comment ai-je pu passer tant de fois « à portée de car » et ne jamais m’y être arrêté ? On ne sait pas où donner des yeux…

Une belle pierre, chaleureuse. Eglises, couvents, monastères ou palais à chaque coin de rue, sans verrue architecturale pour gâcher le tout. C’est propre, calme, rempli d’étudiants (et surtout d’étudiantes ;-)) courant d’une université à une autre, ou vers un quelconque bar à tapas.

Ici, le vieux qui s’assoit à côté de vous sur un banc pour contempler la Plaza Mayor qu’il connaît par cœur vous dit « Ola » et vous quitte avec un « Hasta luego » ou un « Adios ». Ici, on mange bien à prix très correct, personne ne cherche à arnaquer le touriste.

(32 photos)


Sortir le soir pour aller manger dans un bar à tapas, quand on n’est pas habitué aux coutumes espagnoles, n’est pas forcément évident.

Pourtant, bien qu’étranger, manifestement différent et seul comme un con, personne ne semble faire attention à moi plus qu’à quiconque. Choisir ses tapas sans en connaître le nom, ce n’est pas simple, mais bon… On choisi à l’aspect, on montre du doigt et nous voici servi comme les autres, sans savoir combien cela va coûter. Au moment de demander l’addition (« Aïe je sens que je vais me faire avoir… ? »), je ne paie finalement qu’environ sept €uros pour deux bières et deux petites assiettes de tapas ! En prime, le serveur, qui était là lors d’un repas la veille, me reconnait et m’offre à goûter un excellent digestif local comme si j’étais déjà un vieux client…

Jeunes et vieux se promènent, admirent leur ville, mangent quelques tapas et boivent quelques Cervezas. Pas une once d’agressivité, nulle part ; pas de jeunes voyous en BM ayant besoin de se faire remarquer.

Bien que n’appréciant pas spécialement les sorties tardives, voici que je me suis surpris à ne pas arriver à quitter ces rues, cette Plaza Mayor, cette ambiance. Je crois que j’ai laissé un petit bout de cœur dans cette ville ; c’est sûr, il va me falloir y revenir…

(16 autres photos évitables)

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Les Espagnols s’intéressent à la politique, c’est certain. Je me trouve ici en pleine dernière ligne droite électorale (les élections des Députés et donc, le choix du Président du Gouvernement qui en découlera). Les affiches sont partout, les pubs omniprésentes ; ici, un chapiteau, là, une immense toile tendue sur douze étages à l’effigie du candidat PP.

Dans un de mes hôtels, une affichette annonce clairement : « En raison de l’inutilité du gouvernement socialiste et les vols ou agressions incessants à Madrid, merci de ne faire entrer personne d’étranger à l’établissement. » (Note perso : j’ai trouvé Madrid beaucoup plus sûr que 10 ans plus tôt, mais bon…)

Sur les bancs publics, dans les bars, dans le métro, tout le monde lit le journal dans le détail, y compris et surtout des personnes qu’on ne s’attendrait pas, en France, à voir lire les pages politiques. En discutant avec la propriétaire d’un autre hôtel (1h30 de discussion en espagnol, avec mon piètre niveau, c’est dur à suivre !), après avoir parlé transports, intégration, on en arrive tout naturellement à parler politique. « Selon moi, le PS va repasser. Nous, les Espagnols, n’avons jamais pardonné à Aznar et au PP leur gestion des attentats du 11 mars 2004. (Long blanc) Chacun de nous, ici, connaissait quelqu’un qui se trouvait dans un des trains, ou aurait pu s’y trouver. Si les trains n’avaient pas eu de retard et si les bombes avaient explosé à l’endroit prévu, ce n’est pas 200 morts qu’il aurait du y avoir, mais au moins 1000 à 1500… »

(8 photos)

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Pour terminer, une petite série « transports ». Au cours de la même discussion, cette dame m’apprend qu’un abonnement de travail « grande banlieue » aux Cercanias (équivalent un peu au RER parisien) et au métro coûte environ 26 €uros par mois ; alors forcément, à ce prix…

Le réseau est dense, fonctionne vraiment bien. Le métro est large, moderne et absorbe bien la charge sans connaître les surcharges parisiennes. Les bus interurbains sont fréquents, confortables et peu coûteux. Quant à l’aéroport de Barajas : quelle merveille !

(15 photos)

Si certains français pensent encore que l’Espagne est à la traîne, qu’ils s’y rendent donc. Ils constateront sans doute que, sur de nombreux points, l’Espagne nous a dépassés depuis longtemps…


(14 photos inclassables)

3 commentaires:

pat a dit…

Voilà!
Moi qui ne suis pas hispanophile pour un peso, tu m'as donné une irrésistible envie d'aller découvrir l'Espagne! :-)

aggie a dit…

Merci pour cette belle Espagne. La photo de la casa de las conchas à Salamanque m'a plongé dans des souvenirs formidables de cette ville.
Si vous allez souvent en Espagne je vais consulter régulièrement votre blog.
BRAVO pour ces belles images.

Fab a dit…

Ouh bin merci...
J'irais bien volontiers plus souvent encore en Espagne! Mais il faut du temps, des sous... et il y a aussi des tas d'autres endroits que j'aimerais visiter, partout dans le monde.
Cependant il est vrai que l'Espagne tient une place particulière et que, un mois et demi après ma dernière visite, Madrid me manque déjà (même si, à cette saison, Madrid est un enfer... J'attendrai l'automne!)...